Depuis de nombreuses années, nos services sont autant les témoins que les parties prenantes des menaces qui pèsent sur l’action associative d’éducation populaire. Ses libertés et son rôle démocratique de développement de la conscience critique sont remis en cause à la fois par de nouveaux instruments de contrôle, qu’incarne le Contrat d’Engagement Républicain, et par de nouvelles coupes budgétaires des soutiens à son projet émancipateur du national au local, parachevant la mise en difficulté des structures liée aux transformations des modes de financement (mise en marchés et en concurrence, contractualisation de prestations…). L’éducation populaire publique et civile est à un moment carrefour de son histoire.
En tant qu’agents chargés de l’accompagnement et la mise en œuvre de la politique en faveur de l’éducation populaire, nous subissons aussi quotidiennement les dégradations considérables portées contre le service public de l’éducation populaire par les réorganisations successives de l’État et la tentative de conversion de ses métiers d’accompagnement technique et pédagogique en guichets d’application de dispositifs. Nos services se trouvent une nouvelle fois concernés par un nouveau cycle de réformes de l’État qui vise à les découper et à les réduire à un rôle régalien de contrôle des pratiques et des structures dans le champ jeunesse éducation populaire et sportif.
Pourtant, et comme l’ont rappelé l’offre publique sur l’avenir de l’éducation populaire à la fin des années 1990, et l’avis du CESE à ce sujet, « l’éducation populaire » reste une notion puissante et inspiratrice, nourri de nombreux héritages, réflexions et pratiques pédagogiques. Ses expériences variées et tout au long de la vie, sont essentielles pour discuter, apprendre, se rencontrer, permettre de travailler les conflits qui traversent la société, dans une visée émancipatrice et de transformation sociale.
Projet de Loi relatif à la reconnaissance et au soutien pluriannuel de la vie associative dans les démarches d’éducation populaire
Dans ce contexte d’accélération de la destruction des conquis sociaux de l’après guerre dont l’éducation populaire en tant que politique publique a fait partie (et qui a soutenu son institutionnalisation non sans ambiguïté), le SNPJS-CGT a souhaité porter une perspective de reconquête politique par l’élaboration d’une proposition de projet de loi d’éducation populaire. Le SNPJS-CGT espère par cette proposition alimenter les débats tant des organisations syndicales que des députés, des associations, de leurs réseaux et des services Jeunesse et Sports. Cette proposition s’inspire pleinement d’un « déjà là », celui du décret belge de l’éducation permanente, dont l’article 1 porte une définition qualitative de l’éducation populaire inédite en France sur la reconnaissance de son rôle de contre pouvoir démocratique. Ce texte vise à créer un cadre de co-construction d’analyse des enjeux sociétaux et de définitions des politiques et moyens pluriannuels dédiés à l’éducation populaire entre service public, collectivités et associations agréées et concernées. C’est une base pour ouvrir des discussions, des critiques et contre propositions pour une loi cadre de l’éducation populaire qui n’a encore jamais vu le jour en France.
Téléchargez le projet de loi cadre d’éducation populaire et son projet d’exposé des motifs.
