Pour une Gouvernance du Sport indépendante du modèle entrepreneurial

D’inspiration d’économie dite libérale la nouvelle gouvernance du sport en France a son fleuron : l’Agence Nationale du Sport. Est-elle menacée par l’annonce de Bercy sur la suppression ou les fusions d’agences dans le cadre de la préparation du budget 2026 ?

Le SNPJS-CGT ne le croit pas. Le lobby sportif et les appétits de la finance et du patronat, l’aspect cocardier qui a sévit au moment des JO et des JOP devraient sauver l’Agence. Ainsi les amendements demandant sa suppression ont été rejetés le 11 avril par l’Assemblée Nationale.

Pour autant le SNPJS-CGT n’est en rien persuadé du bon fonctionnement de la nouvelle gouvernance du sport. Nous n’avons pas une appréciation purement négative au regard des améliorations apportées à la formation des cadres du mouvement sportif, du développement des maisons de la performance dans les CREPS qui souvent permettent un meilleur accompagnement du haut niveau et de l’élite. Mais nous demeurons persuadés que cette ambition sportive dominante repose sur le seul prestige et un certain modèle du sport spectacle.

Lorsque nous analysons les tendances en cours nous vérifions l’attrait des régions pour le soutien aux élites sportives de leurs territoires (cérémonies à l’appui) et un peu partout un affaiblissement du soutien aux associations, fédérations et clubs. Nous remarquons la montée en puissance du patronat dans les conseils d’administration des établissements du sport. L’accès du plus grand nombre aux pratiques sportives et éducatives par le sport est plus une formule qu’une réalité.

Alors qu’il est question que les CRdS ne soient plus que facultatives, rappelons que nous avons soutenu leur mise en place pour ce qu’elles pouvaient représenter de lieux de concertation utiles entre les CROS et leurs composantes, les collectivités et les services de l’Etat. Mais à l’étude nous verifions que les Régions se sont engouffrées dans une posture qui néglige l’échelon départemental. Or ce dernier est indispensable dans la construction d’un maillage équilibré des territoires, soucieux des pratiques sportives, des disciplines existantes et en émergence, et de leurs indispensables équipements structurants.

Les conférences des financeurs apparaissent plus pertinentes si elles prennent en compte les réalités départementales. Mais tout ceci est très aléatoire voire peu probant dans certaines grandes régions. L’effet recherché des cohérences de soutiens publics est loin d’être lisible. Pour le SNPJS-CGT les mots ont un sens : une conférence de financeurs n’est pas synonyme d’une commission des financements. Dans le premier cas on considère les partenaires qui ont de l’argent à placer dans le prestige voire l’image, dans l’autre on écoute et on analyse pour se mettre à niveau de réponse au mouvement sportif en équilibrant les investissements.

La nouvelle gouvernance du sport n’a pas fait que transférer des moyens d’Etat de la Direction des Sports et des DRAJES vers les établissements. Elle a transféré des lieux de décision, d’élaboration et de réflexion. Les conseillers d’animation sportive sont cantonnés à leurs tableurs, leurs programmes et leurs locaux alors qu’ils représentent potentiellement une valeur ajoutée dans l’interprétation et l’accompagnement des pratiques et des politiques sportives.

En se recentrant sur « l’ambition bleue » et le prestige national c’est tout le service public du sport en France, représenté par le ministère en charge des pratiques sportives, qui est fragilisé. Ce ministère ne tient plus que sur les CTS et des équipements en mutation (l’ENVSN devient I2N à double tutelle comme l’ENE est devenu IFCE en son temps). Car les CAS départementaux ont perdu l’essentiel des initiatives qu’ils portaient.

Le SNPJS-CGT entend pouvoir contribuer dans sa fédération la FERC à l’apport d’une analyse et de propositions constructives pour une gouvernance du sport libérée des œillères de financements répondant à des modèles de l’entreprise et de la productivité, étrangères à la conception que nous avons de la performance sportive et d’un sport émancipateur.

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